L’inconnue du Carlton

Durant une escapade sur la Riviera au Grand Prix de Monaco Historique, j’ai été prendre l’air de Cannes avec des amis pendant le festival, ce qui m’a inspiré une courte nouvelle.

Terrasse du Carlton 14h30. Les palmiers de la Croisette s’agitent mollement sous un ciel d’azur. L’après-midi se prépare.

Sous les parasols les serveurs sont empressés. Quatre élégantes ont délicatement posé leurs chapeaux sur les massifs de fleurs qui bordent la terrasse et trinquent avec de larges verres de vin blanc. Plus loin, des starlettes de Bollywood sont attablées avec leur producteur, ou bien leur attaché de presse. Un américain tient bruyamment table ouverte à côté et lâche des rires sonores à ses compagnons plus discrets. Les Lamborghini font entendre leur feulement sur le boulevard.

Et je la vois, à une table en face de moi, de profil. Elle est seule, jolie, blonde, élégamment vêtue mais sans l’ostentation qui a cours ici en temps de festival. Elle a commandé un Spritz dont la couleur est assortie à celle de ses ongles vernis et de sa bouche pulpeuse.

Elle défile à toute vitesse les contacts de son téléphone gainé d’un cuir Prada. Tandis que je pars à la recherche des miettes de crabe dans ma salade Norje, mon imagination s’enflamme. Est-elle seule ? Attend-elle un rendez-vous ? Si c’est le cas celui-ci se fait désirer, la voici qui tire nerveusement sur une cigarette. Le producteur pour un bout d’essai lui fait-il faux bond ? Le journaliste qui devait l’interviewer a-t-il eu un contretemps ?

Elle devient plus agitée. Au hasard de ses mouvements un badge qu’elle tenait caché tombe au bout de son cordon. J’y lis le nom d’une grande marque de photocopieurs. J’ai compris. Elle réapprovisionne en consommables les machines louées dans les suites cannoises le temps du festival et est en pause. Ce n’est pas aujourd’hui que j’emballerai une starlette. Je fais signe au serveur…

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